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Pour des signatures modestes

Posté par: Babacar diop| Dimanche 12 octobre, 2014 22:49  | Consulté 1687 fois  |  0 Réactions  |   

    Les contributions que des auteurs envoient aux rédactions, comme le fait d’ailleurs le rédacteur de ces lignes, sont de nature modeste. Ce ne sont pas elles qui développent un pays en retard dans Tiers-Monde. Ce serait trop prétentieux de la part d’un auteur de croire que le décideur politique porterait un intérêt quelconque pour les contributions et que son action est vouée à l’échec tant qu’il n’aura pas tenu compte des conseils et des suggestions que l’auteur des contributions lui soumet. Or il n’est même pas sûr que le décideur ait des échos quelconques de ces écrits en questions. « Le décideur échoue parce qu’il ne m’a pas écouté » : voila le raisonnement d’un auteur non modeste, un raisonnement qui frôle la folie de grandeur, qui traduit le complexe de supériorité.

 

   Les auteurs modestes ne vont pas, dans leurs ambitions, au-delà de conduire le législateur au remodelage du cadre juridique et au changement des lois qui régissent la vie politique, sociale et économique. Les auteurs modestes n’éprouvent ni le complexe de supériorité ni le complexe d’infériorité. L’intellectuel authentique est par nature un critique social et n’est nullement fasciné par le charme du décideur politique ou par celui de ses proches et de ses collaborateurs. Il a intérêt à tout entreprendre pour la seule fin de garder sa hauteur d’esprit et de s’élever au-dessus de la mêlée où s’affrontent et s’entredéchirent les êtres aux « mains sales ». Le complexe de supériorité ronge intérieurement l’auteur orgueilleux et finit par le conduire à souhaiter malheur et échec pour l’acteur politique, tant que ce dernier ne veut pas l’appeler à ses côtés et se comporter selon ses directives.

 

   Quant au complexe d’infériorité, il peut pousser l’auteur de contribution à entrer dans une logique de rébellion et de révolte permanentes face au décideur qui, selon ses vues, le méprise et le déteste. C’est dans cette folle logique qu’il déclanche des mouvements de perturbation interminables du système au sein duquel il est placé comme simple élément d’un engrenage qui le dépasse et l’écrase. Pour lui ces perturbations sont de nature à faire mal. Voila une différence caractérielle de taille qui oppose les deux types d’intellectuels : l’un développé et l’autre sous-développé. L’intellectuel sous-développé perturbe facilement et souvent le système où il est pris en tenaille. Par contre qui peut imaginer qu’un Bertrand Russell, qu’un Sartre ou qu’un Habermas se mettent en mouvement de grève et suspendent les cours qu’ils donnent durant leur carrière respective dans les différentes écoles de prestige ? Les raisons de cette transcendance intellectuelle sont simples : Russell, Sartre et Habermas ont pu s’affranchir totalement de leurs humeurs individuelles.

 

   Signer avec modestie a également d’autres implications. Il exige qu’un auteur se limite strictement à l’essentiel dans sa présentation personnelle, dans son auto-identification. En effet, c’est une maladresse de style que d’envoyer un texte à une rédaction et le signer avec un prénom et un nom suivis de titres tels que : philosophe, poète, romancier, écrivain.. Cette conduite est loin d’être un signe de modestie. Car on n’est jamais philosophe ni par soi ni pour soi. On n’est pas poète, écrivain ou romancier ni par soi ni pour soi. L’on est ainsi titré par les autres et pour les autres. Il incombe en conséquence aux organes et aux rédactions de présenter l’auteur de la contribution comme philosophe, poète, écrivain ou romancier.. Ils ont de bonnes manières de présentation de ce genre. Eux seuls sont habilités à le faire, d’autant plus que ces titres contiennent tous une forte dose d’estimation et d’appréciation plus ou moins objectives, plus ou moins subjectives.

 

                                                               

   Précédemment nous avons fait allusion à l’auteur du drame politique « Les mains sales ». Qui peut imaginer que Sartre aurait procédé de la sorte ? Le maître incontesté de l’existentialisme français n’aurait jamais envoyé un article rédigé de ses « mains propres», puis signé le dit article avec ses prénoms et son nom, tous suivis d’une longue liste de titres sans fin : philosophe, romancier, dramaturge, critique de la littérature et de l’art.. Sartre était tout cela à la fois. Mais la modestie intellectuelle l’aurait retenu de se livrer à de tels exercices grotesques. La modestie et l’humilité peuvent aussi baliser le chemin qui mène au succès.

 

                                                Babacar Diop        

 

 

 L'auteur  babacar diop
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babacar diop
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