Seneweb.com Accueil |   Gerer ce blog   

Les échos d’une voix présocratique

Posté par: Babacar diop| Mardi 02 décembre, 2014 16:55  | Consulté 1587 fois  |  0 Réactions  |   

   De prime abord, nous nous posons la question de savoir si les échos de la pensée du philosophe présocratique, Parménide, et par delà lui, toutes les figures emblématiques de cette période de l’antiquité grecque, se sont fait entendre dans un livre authentiquement révélé qui structure la religion monothéiste la plus authentique que l’histoire des religions ait jamais enregistrée. Il est déjà longuement question du cas de Platon que certains auteurs ont commis l’erreur monumentale de considérer comme prophète dont les idées auraient retenti amplement sur des textes sacrés de la religion monothéiste. Ces erreurs d’appréciation sont largement dues à l’usage des versions ou des aperçus fragmentaires non seulement sur la République de Platon, mais aussi sur les œuvres fragmentaires et obscures des philosophes présocratiques. Il est hors question de revenir sur le cas de Platon. Cependant, on retient qu’il est absolument faux que le père de la philosophie occidentale soit considéré comme prophète d’une religion monothéiste, d’autant plus que la manière dont Platon décrit l’univers mythologique grec laisse présager ses penchants païens. Même la tonalité  de son Apologie de Socrate jure avec la religion monothéiste.

 

   Il est vrai que Platon n’est pas un philosophe présocratique, mais ses idées et ses enseignements sont principalement une continuation de la tradition des philosophies et des mythes de la période présocratique.

 

 

Pénélope ou la frivole ?

 

 Ces errements, allant de la confusion entre paganisme et monothéisme jusqu’à déceler des échos venant des voix présocratiques, proviennent des vues fragmentaires, basées notamment sur l’occurrence d’éléments linguistiques dans des corpus différents. Il s’agit en effet d’une méthode d’appréciation fondée sur l’intertextualité lexicale. Ce cas est illustré par l’évocation de la figure féminine mystérieuse que certains auteurs ont hâtivement identifié avec Pénélope, personnage homérique, épouse fidèle durant l’absence de son héroïque époux, Ulysse  d’Ithaque. Le Coran évoque en effet une certaine figure féminine qui défait le fil de son fuseau après l’avoir patiemment filé. S’agit-il réellement de Pénélope d’Homère ? A ce sujet aucune hypothèse sure ne peut être avancée. Si Homère cite Pénélope dans la légende épique, c’est pour illustrer la haute fidélité. Voila le sujet homérique. La loyauté de Pénélope est légendaire. Alors que le texte coranique cite l’exemple de cette femme, non pas pour dire qu’elle est fidèle et loyale, mais pour un tout autre propos. Les hellénistes ont même relevé un trait d’ambiguïté dans le traitement homérique de Pénélope. Pénélope serait un simple mythe qu’Homère a créé. Une autre possibilité est qu’Homère ait simplement transcrit un événement anodin produit dans son entourage, avec une certaine dose de mystification destinée au camouflage.

 

    Si le traitement d’Homère est teinté de flou d’authenticité, le passage coranique ne souffre d’aucune équivoque, d’aucune ambiguïté. Une autre différence de taille est que, chez Homère il s’agit d’un exemple à caractère positif. Dans le texte coranique au contraire, le fidèle est exhorté à se méfier de la folie et de la désinvolture de celle qui défait ce qu’elle a pu filer après un dur labeur, sans que rien ne le justifie. Tous les commentaires consacrés par l’érudition quasi-officielle convergent vers cette interprétation. Abdullah Y Ali dont l’œuvre exégétique synthétise des commentaires officiels classiques évoque en ces termes le passage coranique : « The covenant which binds us in the spiritual world makes us strong. Like strands of fluffy cotton spun into a strong thread. It also gives us a sense of security against evil in the world. It costs a woman much labour and skill to spin good strong yarn. She would be foolish indeed, after she has spun such yarn, to untwist its constituent strands and break them into flimsy pieces. »(Les engagements qui nous lient dans le monde spirituel, nous rendent vigoureux, comme des fils de fuseau en coton solidement faits. Ils nous procurent également le sentiment d’être à l’abri du mal de ce monde. Il coûte à une femme beaucoup de labeur et de dextérité de filer de bons et solides fuseaux. En effet, ce serait une folie de sa part, après avoir fait de tels fuseaux, de défaire ses composantes et les réduire en de piètres  pièces). Ici la femme en question n’est pas un bon exemple à suivre. Elle n’est ni fidèle ni loyale. De plus il n’est même pas question ni de sa loyauté ni de sa fidélité. Elle est une folle, irrationnelle. On se demande : qu’est-ce qu’elle peut avoir avec la Pénélope d’Homère ?

 

   Sur ce même sujet Seyd Qutb qui, fidèle à sa méthode consistant à être toujours à l’affût du sens littéral du texte coranique, n’y va pas par quatre chemins. Il a beaucoup insisté sur la position du livre sacré à l’égard du respect scrupuleux des pactes et des conventions ainsi que de la parole donnée. « L’islam,écrit-il dans son livre exégétique monumental : (A l’ombre du coran), a insisté sur la question du respect des pactes et des accords. Il n’a jamais transigé à ce sujet, parce que ce respect est à la base de la confiance sans laquelle le contrat de la communauté s’effrite et s’effondre. Le texte coranique ne s’arrête pas ici à la limite d’injonction et d’exhortation au respect des pactes et des conventions et à l’interdiction de leur violation. Il va au-delà de ces limites en citant des paraboles, en stigmatisent l’infidélité à l’égard des pactes et conventions et en niant les causes qui servent de prétextes et d’excuses à  certains. Ainsi celui qui viole les accords est comme une femme qui n’est pas douée de raison, déréglée, sans fermeté ni réflexion, qui fait sa quenouille pour la défaire et la laisser en piètres morceaux séparés. Chacun des éléments de la métaphore signifie un mépris, une stigmatisation et un étonnement. La métaphore vise à conduire les esprits et les cœurs à désapprouver ce comportement. Un individu noble ne se permet pas d’être égal à une telle femme faible en volonté et en raisonnement, qui passe sa vie à faire ce qui est inutile ». Cette citation en dit long  sur la compréhension quasi officielle du sens littéral du passage coranique concernant cette curieuse figure féminine qui défait sa quenouille après l’avoir bien filée. Loin d’être un exemple de loyauté et de fidélité, la figure en question est la métaphore d’une conduite irrationnelle et, de surcroît, absurde.

 

 

Sisyphe ou Walîd ?

 

   Un autre élément anodin d’intertextualité formelle, sur la base de laquelle on se fonde pour entendre les échos des voix présocratiques qui sont supposées être retentissantes sur le texte sacré est le passage qui concerne selon l’exégèse officielle le personnage odieux de Walîd ibn Moughîra, farouche ennemi du Prophète de l’islam. Certains auteurs croient déceler dans ce passage un écho du mythe de Sisyphe condamné par Zeus à remonter une haute montagne située aux confins de l’univers des êtres vivants, plus précisément dans le monde des morts, avec un rocher d’une grande masse. Une fois arrivé à la cime, le rocher dégringole, et Sisyphe reprend le même travail inutile et absurde. Cette peine fait suite à la révolte et au sarcasme de Sisyphe à l’égard des divinités olympiennes. Si le personnage homérique est un sage, un malin rusé, le mécréant mecquois est un opulent, cruel et odieux. Rien de commun entre le personnage historique et le personnage mythologique.              

 

    La formule lapidaire du Coran dira littéralement : (Je l’épuiserai en montée). A.Y. Ali traduit cela en ces termes : « Je l’épuiserai avec une masse de calamités, un cumul de désastres ». Quant à Sadok Mazigh, il adopte une autre version consistant en ces termes : (Je lui ferai plutôt gravir une rude montée). L’exégète maghrébin commente la totalité du passage où s’est insérée la citation en ces termes : « Tout ce passage se rapporte à Walîd ibn Moughîra. Sur un ton nettement sarcastique se trouve stigmatisée l’outrecuidance de ce personnage opulent qui, invité à se convertir, n’a trouvé rien de mieux que de traiter le Prophète de magicien ».  

 

    Seyd Qutb est toujours fidèle à lui-même en s’attachant à mettre en relief le sens littéral du passage en ces termes : « il s’agit d’une expression imagée d’un mouvement de peine. Remonter la route est le déplacement le plus pénible, le plus épuisant. S’il s’agit d’une poussée involontaire d’un remontoir, ce sera encore plus rude, plus épuisant. Il s’agit également de l’expression d’une vérité, à savoir que celui qui s’écarte du chemin de la foi,  facile à emprunter, s’épuise en s’engageant dans un sentier raide, pénible,  entrecoupé, escarpé. Il passera la vie dans l’angoisse, la rudesse, la tristesse et l’étroitesse. C’est comme s’il montait au ciel ou sur une montagne rocheuse, sans eau ni viatique ; sans repos ni espoir au bout du chemin ».

 

   Dans l’ensemble de toutes ces vues, il est question d’épuiser cet odieux ennemi déclaré « dans une montée harassante ». Dans certains commentaires, l’effort humain, depuis les temps pharaoniques, est évoqué, tendant à monter au ciel par pure curiosité ; un effort permanent, épuisant et harassant, mais inutile et improductif. Si Seyd Qutb s’évertue à mettre en relief le sens exotérique du passage et que Mazigh restitue l’environnement historique de l’événement, A. Y. Ali cherche à élargir la perspective en affirmant qu’il y a dans tous les âges des hommes de la même espèce, toujours prêts à tout entreprendre pour barrer la route à la noble mission. Ali termine ses remarques sur cette catégorie d’hommes par cette formule hautement judicieuse : « The eternal Hope is to them mere delusion ». (L’Espoir éternel est pour eux une simple illusion). En d’autres termes, l’espoir est un désespoir, un mirage. Evidemment l’Espoir authentique est incarné par les prophètes et les réformateurs. Le Coran, on le voit, bien qu’il soit une œuvre divine s’adressant à tous les hommes de toutes les époques et de tous les lieux, ne fait toujours pas abstraction des contextes historiques.

 

  Pour proposer une compréhension juste et judicieuse du texte sacré, on ne peut pas ignorer royalement les circonstances historiques et sociologiques de la révélation. Ce serait également faire fausse route que de tourner le dos aux exégèses de l’érudition quasi-officielle dans l’interprétation des faits coraniques.

 

Parménide

 

 

    La même fausse route a conduit des auteurs à entendre des échos en provenance des voix présocratiques, en particulier celle de Parménide, dans certaines séquences. Même l’une des merveilles du texte coranique, à savoir le verset de la lumière dont le rédacteur de ces lignes a déjà tenté de mettre en relief la beauté inépuisable, dans un texte publié sous le titre : Le tabernacle en modèle réduit, n’a pas été épargnée. Les auteurs en question ont malencontreusement attribué la quintessence du merveilleux verset à des philosophes présocratiques. Nous aurions pu exposer leurs arguments fallacieux l’un après l’autre et les démonter pièce par pièce, mais les exemples cités précédemment peuvent tenir lieu de ce travail labyrinthique. Les conclusions tirées des illustrations proposées peuvent être généralisées. Parménide est une illustration supplémentaire. Parménide, comme tout autre philosophe présocratique, n’a pas pu s’affranchir des tendances païennes de son temps. Jonathan Barnes souligne avec vigueur cet état de fait lorsqu’il écrit: « There are similarities between certain aspects of these early tales and certain parts of the early philosophers’ writings. But Aristotle made a sharp distinction between what he called the mythologists and the philosophers, and it is true that the differences are more marked and far more significant than the similarities ».( Il y a des similitudes entre certains aspects de ces premiers contes (mythologiques) et certaines parties des premiers écrits des philosophes. Cependant Aristote faisait une nette distinction entre ce qu’il appelait mythologistes et les philosophes; et il est vrai que les différences sont plus marquées et beaucoup plus significatives que les similitudes). Il est indéniable qu’à l’époque présocratique il y a eu une nette avancée, une réelle percée de la philosophie sur la scène de la connaissance, par rapport à la mythologie. Cependant, il reste vrai que la pensée présocratique n’était pas exempte d’éléments païens et mythologiques dans sa composition. Le fameux texte poétique de Parménide Sur la nature en est une parfaite illustration parmi tant d’autres. En voici un extrait :

    « Il n’est plus qu’une voie pour le discours. C’est que l’être soit ; par là sont des preuves nombreuses qu’il est inengendré et imprévisible, universel, unique, immobile et sans fin. Il n’a pas été et ne sera pas, il est maintenant tout entier. Un continu. Car, quelle origine lui cherchera-t-on ? D’où et dans quel sens aurait-il grandi ? De ce qui n’est pas ? Je ne te permets ni de le dire ni de le penser ; car c’est inexprimable, inintelligible que ce qui est ne soit pas. Quelle nécessité l’eût obligé plutôt ou plus tard à naître en commençant de rien ? Il faut qu’il soit tout à fait ou ne soit pas, et la force de la raison ne te laissera pas non plus, de ce qui est, faire naître quelque autre chose. Ainsi ni la genèse ni la destruction ne lui sont permise par la  Justice ; elle ne relâchera pas les liens où elle le tient. Il est ou n’est pas ; mais il a été décidé qu’il fallait abandonner l’une des routes, incompréhensible et sans nom, comme sans vérité, prendre l’autre, que l’être est véritablement. Mais comment ce qui est pourrait-il être plus tard ? Comment aurait-il pu devenir ? ».  

 

   Voila le fragment obscur et énigmatique du philosophe présocratique, Parménide, que l’on tient faussement pour une source de la pensée religieuse monothéiste, abrahamique. Je laisse au lecteur le soin d’apprécier objectivement le texte de Parménide, s’il en possède les outils cognitifs appropriés, en fonction du sens exotérique des passages coraniques traitant des attributs divins. Mais ce faisant j’attire particulièrement l’attention sur la conception parménidienne de la divinité comme une sphère, comme une balle. Un autre élément d’appréciation sur lequel j’attire l’attention du lecteur est que la clé de voûte du passage en question est que Parménide, selon ses propres dires, a écrit son poème énigmatique et obscur sous l’inspiration d’une déesse dont il n’a pas donné le nom et qui lui tenait la main.

 

   Cependant, il faut analyser le poème de Parménide avec les opinions des philosophes et des hellénistes sur les idées maîtresses contenues dans ce texte.

 

   Brigitte Boudon résume les thèses de Parménide comme suit : «  Pour Parménide, l’étoffe du réel c’est l’être immobile, éternel, inengendré qui seul possède Vérité, alors que les fugaces réalités sensibles vouées au changement et à la mort ne sont pas. Seul est l’Être, objet de la pensée véritable, sous la forme d’une sphère arrondie, parfaite et indestructible. Le non-Être n’est pas. Parménide professe que le réel, en profondeur, est rigoureusement immobile. L’Être est inséparable de la Pensée ». Les principaux attributs de l’Être parménidien sont donc : immobilité, liberté et affranchissement de la temporalité, immuabilité, pensée inséparable de l’existence, infinitude et possession d’une forme sphérique bien arrondie. Ce sont évidemment là des composantes d’une conception totalement étrangère à la vue monothéiste et abrahamique de la divinité.

 

   Pour Mathieu Jacquemet, le seul discours de la vérité possible, selon le philosophe grec, est celui de l’Être qui est un et immuable. Parménide, pour Jacquemet, semble affirmer tant l’unité de l’être que son immuabilité. Le philosophe libanais R. Habachi identifie l’Être parménidien avec le même principe à l’œuvre dans l’illimité d’Anaximandre, l’eau chez Thalès, l’air d’Anaximène, le nombre chez Pythagore et enfin le feu héraclitéen. Platon a repris l’idée et parle non plus de l’Être, mais de la théorie des formes, immuables elles aussi, marquées du sceau de la divinité. Et Habachi d’ajouter qu’en concevant l’Être, Parménide inaugure la métaphysique abstraite, et selon Russel c’est une métaphysique fondée sur la logique. Mais l’Être du père de la métaphysique est un être immuable, immobile. Habachi note que Hegel, fidèle à sa logique dialectique, a fait du non-Être une réalité aussi positive que l’Être. J. Barnes reprend les mêmes éléments d’appréciation et précise que Parménide, dans son grand poème décrit la voie de l’opinion qui est fausse et trompeuse, et la voie de la vérité qui mène à un terrain aride et difficile. L’helléniste britannique dégage la clé de voûte du texte en affirmant que ce qui existe possède une série de propriétés dont : être non engendré, indestructibilité, continuité, immuabilité, immobilité, sans augmentation ni diminution et finitude en forme sphérique. Une autre idée maîtresse du poème, selon Barnes, est que Parménide envisage les sujets possibles du discours. En effet le discours peut porter aussi bien sur l’Être que sur le non-Être. Cependant la seconde alternative n’est pas une possibilité réelle, car il est impossible de parler de ce qui n’existe pas. L’Être seul peut être l’objet du discours.   

 

   L’appréciation par Bertrand Russel de la conception de Parménide s’inscrit dans la même logique. En élargissant la perspective, Russel pense que l’Être est immuable. En d’autres termes, rien ne change. Pour Parménide, les sens sont trompeurs. Ils sont loin d’être sources de la connaissance. De là le monde sensible est un monde d’illusions. Si Parménide a perdu en popularité, c’est à cause de son rejet de l’existence du monde des apparences. Seul donc existe l’Être qui est infini, indivisible, sans qu’il soit pour autant l’union des contraires. Dans la lecture russellienne, Parménide réaffirme l’intentionnalité de la pensée, dans ce sens que la pensée et le langage exigent au préalable l’existence des objets. Ce n’est pas seulement l’Etre qui est immuable, mais les mots ont également une existence immuable. Bien que nous n’ayons pas de connaissance du passé, car le souvenir n’est pas identique à l’événement, mais décrit le passé, la mémoire est une source de la connaissance. Russel accepte de Parménide cette idée d’indestructibilité de la substance ou du concept. Enfin l’idée fondamentale que Russel dégage du texte de Parménide est celle qu’il précise en ces termes: « The One is not conceived by Parmenides as we conceive God; he seems to think of it as material extended, for he speaks of it as a sphere. But it cannot be divided, because the whole of it is present everywhere”. (L’Un n’est pas conçu par Parménide comme nous concevons Dieu ; il semble en penser comme d’une matière étendue, car il en parle comme d’une sphère. Mais il ne peut pas être divisé parce que sa totalité est partout présente).              

 

   La constante dans tous ces points de vue herméneutiques est que l’être ou l’entité dont parle Parménide est inerte, sans vie ni mouvement ni personnalité précise et se présente sous une forme sphérique. Il est inacceptable d’assigner au grand poème de Parménide plus d’acceptions et de significations qu’il ne pourrait contenir. La pensée présocratique en  général et celle de Parménide en particulier n’ont pas été exemptes d’éléments mythologiques ou même païens. Le rationalisme outré les a poussés à marcher sur des chemins tortueux et sinueux. Loin d’être des dogmatiques, les présocratiques mettaient l’accent sur l’usage de la raison dans le traitement des sujets. Selon le philosophe libanais Habachi déjà cité, l’univers des présocratiques fut un monde opaque, confus et chaotique. Cette opacité est largement due à leur pensée intuitive. Ce fut un univers où la raison est mêlée à l’intuition. « Chez les présocratiques, écrit Jaspers, une pensée essaye de prendre forme, issue de l’intuition d’une expérience originelle de l’être. Ils nous font assister aux premiers efforts d’une pensée qui s’éclaire ». C’est une pensée immature qui ne peut pas inspirer une postérité distante de plus d’un millénaire. L’univers présocratique et le monothéisme authentique s’opposent radicalement. C’est d’ailleurs dans la même logique d’antinomie structurelle que Jacques Berque conseillait aux arabes d’opter pour les présocratiques contre Abraham, père du monothéisme. Une fois encore aucun philosophe présocratique ne peut servir de source aux textes fondateurs d’une religion monothéiste authentique. Les échos des voix présocratiques, dans leur globalité, ont beaucoup faibli, durant leur long voyage vers les confins de l’univers grec. Ils parvenaient difficilement à se faire entendre au-delà des limites de l’humanisme classique grec. En conséquence, une bonne compréhension du texte coranique sacré exige au préalable une abstraction totale de l’âme de la culture grecque.  

 

    Faut-il donc rappeler cette exigence méthodologique dont il est déjà question ? On ne saurait proposer une exégèse scientifiquement valable du Coran, tout en ignorant royalement les circonstances historiques de la révélation ; tout en méprisant les exégèses de l’érudition traditionnelle. L’épistémologie du discours exégétique traditionnel reste encore la source irremplaçable et incontournable de tout commentaire adéquat fait par les hommes de notre temps sur le texte sacré.

 

                                               Babacar Diop 

 

 L'auteur  babacar diop
Une faute d'orthographe, une erreur á signaler ? Une précision á apporter ? Ecrivez moi avec votre info ou votre correction et en indiquant l'url du texte.
Mots Clés:
Commentaires: (0)

Ajouter un commentaire

 
 
babacar diop
Blog crée le 24/01/2013 Visité 218020 fois 83 Articles 10102 Commentaires 12 Abonnés

Posts recents
La taxonomie de la certitude à l’aune du Coran
Typologie des âmes à l’aune du Coran
Le big-bang en mode éthique
Le volcan de l'irrationnel
Dans l'abïme de Bacchus
Commentaires recents
Les plus populaires
L’âme de la religion grecque à l’aune du Coran (4)
La place de l’Afrique dans l’histoire des idées au 20e siècle
Des pluies ou des urines
Le monde invisible dans l’odyssée de Joseph
L’âme de la religion grecque à l’aune du Coran ( toutes parties réunies)