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L’intellectuel, Qui l’est ? Qui ne l’est pas ?

Posté par: Babacar diop| Vendredi 22 février, 2013 21:33  | Consulté 4589 fois  |  6 Réactions  |   

 

   En effet, sous d’autres cieux que les nôtres propres, s’interroger sur l’identité de l’intellectuel pourrait être une impertinence avérée, dans la mesure où de pareilles interrogations y sont  dépassées et que le statut de l’intellectuel y revêt une certaine clarté, une certaine stabilité. On  s’y interrogerait plutôt sur la situation de l’intellectuel et sur ses fonctions que détermine telle ou telle circonstance historique. Quant à l’intérieur de nos murs, il est indéniable qu’une certaine confusion y règne dans des champs cognitifs, rendant ainsi le concept même d’intellectuel, parmi d’autres, imprécis. Il est par conséquent urgent de rappeler certaines données élémentaires qui délimitent le vaste champ d’application du concept pour qu’on distingue celui qui est intellectuel de celui qui ne l’est pas. Ainsi évitera-t-on de faire de l’intellectuel un fourre-tout. La question sur l’identité de l’intellectuel n’est ni dépassée ni superflue. Seulement il est bon de préciser que définir celui qui est intellectuel n’est goutte plus important que de dire celui qui ne l’est pas: toute définition idéale est à la fois inclusive et exclusive. Elle inclut tout ce qui répond aux normes et critères conventionnels du champ ou de l’objet et exclut ce qui est hors normes.

 

   Tenez d’abord ! Il est dit que l’intellectuel manie les idées. Le maniement des idées, à mon humble avis, est plutôt l’une des multiples fonctions de l’intellectuel. Or c’est fatalement faire fausse route que de confondre identité et fonction. Même un inculte est en mesure de manier des idées et des concepts s’ils revêtent une certaine clarté dans son entendement. En dernière analyse, le maniement des idées est loin d’être l’apanage de l’intellectuel. Cette conception fausse résulte de la prétention que le goût de la lecture et de l’écriture ouvre automatiquement les portes du royaume des intellectuels. En effet savoir lire et écrire n’est pas l’unique passage qui mène vers le paradis de l’intellect. L’extrémisme va plus loin dans une perspective élargie, en voyant l’intellectuel, dans nos sociétés de classes, comme le héraut de l’idéologie bourgeoise. Il est difficile d’adhérer à une telle position. Car les temps et les mentalités ont beaucoup évolué. L’histoire a mis fin à l’ère des idéologies.  

 

    Pour Chomsky, l’intellectuel est un homme apte à se départir des spéculations théoriques et académiques stériles ; apte à se poser de véritables questions vitales qui touchent la vie des hommes et non seulement des questions artificielles ou importées des horizons situés au-delà des continents et des océans ; apte à affronter les forces agissantes qui gèrent et orientent la société, prêt qu’il  est à les dénoncer, si nécessaire, lorsqu’elles se jouent et se moquent de la conscience des hommes.

 

   Des auteurs égyptiens se sont attaqués à la question, pour qui l’intellectuel est un individu qui se soucie inlassablement des problèmes de réflexion ; qui connaît de tout un peu et un peu de tout ; qui cherche les racines des illusions perdues et tente de les éradiquer ; qui enfin a un sentiment fort et solide de soi.

 

   Grâce à ces vues certes lapidaires, l’image de l’intellectuel se précise : il est celui qui sent réellement son existence, se respecte, œuvre à sauvegarder sa dignité et son intégrité morale, mène la combat contre les illusions et les incertitudes, formule, avec précision, les problèmes d’idées, met ses capacités réflexives au service de l’homme et de la vie et mène une lutte farouche, sans répit ni relâche, contre les forces du mal.   

 

     D’autre part, l’intellectuel n’est pas un individu couvert de grâce et d’aura. Il est parfois victime de sarcasmes. Certaines tournures et expressions de langage dénotent un certain dégoût, voire un certain mépris pour celui qui se targue d’être intellectuel. Lorsqu’on parle d’ «intellos» on s’en moque. On se moque de l’intellectuel et de sa vaste culture qui fait de lui un prétentieux au-dessus de la mêlée, ou même au-dessus du vulgum pecus. Il arrive souvent que ses vues soient rejetées et que l’unique raison de ce rejet soit sa prétention à détenir seul la vérité sur toute la ligne, et qu’il voit l’ordre là où règne le chao, ou le chao en lieu et place de l’ordre.

 

    Etre intellectuel n’est donc pas chose aisée. Il peut bien être un « salaud »- j’emprunte ce mot curieux à Sartre- s’il œuvre à affaiblir les valeurs vitales, positives, et à consolider les valeurs mortelles, négatives.

 

  N’est pas intellectuel celui qui n’a pas de respect pour les nobles principes qu’il annonce partout. Ne l’est pas non plus celui qui a de bonnes idées mais n’a pas le courage de les exposer sans ambages, pour une raison ou pour une autre. N’est pas intellectuel celui qui prône la méchanceté à la place de nobles sentiments.

 

   N’est pas intellectuel celui qui, pour convaincre ne dispose que de la brutalité et de la force physique. En intellectuel, la raison agit seule et parle seule au prime abord, alors que les muscles se taisent et on n’en use qu’avec parcimonie et sobriété. Quand même n’est nullement intellectuel un poltron. L’on dispose de la masse musculaire pour se défendre, entre autres finalités.

 

   Cependant l’intellectuel doit savoir se soustraire, se sauver des situations difficiles et, s’il le faut, prendre la fuite et détaler. Car la résistance sans raison, en dehors des situations limites, peut bien être  une folie suicidaire. Mais cela ne veut pas dire que ce qui intéresse l’intellectuel dans sa culture c’est seulement de trouver les voies et moyens de l’échapper belle. Il ne doit non plus s’isoler de la dynamique sociale, afin d’éviter de courir le risque d’être régulièrement en situation de ne faire que cogiter.

 

   Etant donné qu’il a toujours du génie et du talent, et que le soleil du génie inonde le monde réel de lumière, la mission la plus noble de l’intellectuel est d’être constamment à l’œuvre pour sortir l’Humanité de l’univers chaotique.

 

 

Babacar Diop,

Professeur d’arabe.

Lycée mixte Maurice Delafosse.

Dakar.

 

 L'auteur  babacar diop
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Anonyme En Février, 2013 (01:47 AM) 0 FansN°:1
jai vraiment aimé votre article
Nouvelle espece En Février, 2013 (07:46 AM) 0 FansN°:2
eh bien mon ami tu ne savais pas que l'intellectuel est une espece en voix de disparition.Elle est remplacée par une nouvelle espece que je vous laisse deviner.............
 En Février, 2013 (09:14 AM) 0 FansN°:3
Il y'a beaucoup d'étudiants, de professeurs, d'ingénieurs, en bref de cadres mais malheureusement il y'a peu d'intélectuels dans le lot. Vous savez pourquoi? Parceque la majeur partie de cette catégorie vit dans l'égoisme total et ne pense aucunement aux problémes de la société. Le plus souvent, il déménage pour fuir leur village d'origine qui a tant fait pour leur avenir. Aujourdhui ça se voit partout dans le pays avec nos problémes:on nous vole des terrains, des milliards mais est ce k vs avez des intellectuels initiés des marches pacifiques pour juste réclamer que justice soit faite au nom de la nation;on a violé des enfants de deux, 5 ans est ce k vs avez vu des intellectuels faire une marche pour dire plus jamais ça? des vielles carcasses de véhicule foncent sur des jeunes eleves et font des morts, vs avez une fois vu une marche des intello dans ce sens? On tuait nos jambaars en casamance, vs avez vu des intello organiser une marche pr que l'état arme nos soldats?Personne ne se sent concerné et c'est pourquoi il n'ya pas d'intellectuels au sénégal ou bien excusez moi juste peu qu'on peut compter au bout des doigts. Ce qui compte aujrdhui c'est la réussite personnelle, l'égoisme; On s'en fout des autres et ceci ne rime pas avec l'esp
Anonyme En Février, 2013 (10:51 AM) 0 FansN°:4
En voilà des chantiers: Nous nous sommes enfourrés dans cette hidstoire de riz que nous consommons et que nous ne produisons pas en quantités suffisantes. Nous nous efforcons cependant dit-on à y arriver. Faire la promotion de la culture du Blé au Sénégal sera au détriment de cet effort qui à mon avis est capital, vues les surfaces disponibles. Au contraire on devrait encourager la consommation du pain à base de mil, que l´ITA a mis au point depuis belle lurette. Le Mal est le Sénégalais qui se déteste et pense que tout ce qui vient d´ailleurs est mieux. Et avec cette mentalité on ira pas loin.
Marouane En Février, 2013 (13:34 PM)0 FansN°: 660022
je suis avec toi comme la dit thomas sankara : il faut consommer ce ke nous produisons et produire ce ke nous consommons au lieu d'importer
Prophilo En Février, 2013 (13:48 PM) 0 FansN°:5
Consommer local c'est bien bon, mais qu'est-ce que ça peut avoir avec la question de l'intellectuel?

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babacar diop
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