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L’âme de la religion grecque à l’aune du Coran (3)

Posté par: Babacar diop| Lundi 28 juillet, 2014 16:07  | Consulté 947 fois  |  0 Réactions  |   

 

(Troisième partie)

 

L’anthropomorphisme

 

   L’anthropomorphisme des divinités grecques et ses multiples implications dans la pratique cultuelle en Grèce antique reste le point névralgique sur lequel se cristallisent les antagonismes les plus exacerbés entre le Coran d’une part, et la religion et culture grecques d’autre part.  

 

     L’anthropomorphisme consiste à donner une forme humaine à des êtres qui ne sont pas des hommes, notamment aux êtres surnaturels, et ce, à la fois, dans leur existence physique, dans  leurs divers sentiments, dans leurs volontés, voire même leurs caprices. En un mot, l’anthropomorphisme attribue à la déité non seulement un corps et une membrure corporelle, mais également les nombreux contenus de la conscience de l’être humain.  

 

   Si nous avons dit précédemment que la religion du Coran est, sans conteste, la religion monothéiste la plus authentique que l’Histoire ait jamais connue, ce n’est nullement par excès de zèle ou par prosélytisme de notre part que nous formulons cette thèse. Le Coran est incontestablement l’écriture céleste totalement monothéiste à cause de sa position ferme et radicale face à l’anthropomorphisme. Les types de monothéisme pervertis enregistrés ça et là dans l’histoire des religions le sont à cause de leur contact direct ou indirect avec la Grèce païenne. C’est ainsi qu’ils ont été fortement contaminés par les croyances anthropomorphiques dans la culture grecque. Le Coran, quant à lui, ne serait-ce qu’au niveau de son historicité, reste toujours fidèle à son idéal monothéiste contre vents et marées en provenance de la Grèce antique. A notre connaissance aucun livre révélé ne s’est opposé si farouchement, si radicalement à l’humanisation de la déité que le Coran. Or, on le sait, l’anthropomorphisme reste la base du mythe et de la mythologie grecs créés depuis La théogonie de Hésiode jusqu’à l’épopée homérique, deux sources principales de la pensée religieuse grecque. Toutes les conceptions anthropomorphiques ne sont que des absurdités dans l’optique du Coran, dans la mesure où elles peignent le divin à l’image de l’humain. Dans le best-seller déjà cité, La dialectique de l’Aufklarung Adorno et Horkheimer parlent de l’anthropomorphisme en ces termes : « Enleightenment has always regarded anthropomorphism, the projection of subjective properties onto nature, as the basis of myth. The supernatural, spirits and demons, are taken to be reflections of human beings who allow themselves to be frightened by natural phenomena ». (L’Aufklarung, - c’est-à-dire les lumières de la raison- a toujours considéré l’anthropomorphisme, cette projection des caractères subjectifs sur la nature, comme la base du mythe. Les êtres surnaturels, esprits et démons, sont pris pour des reflets des êtres humains qui se laissent effrayer par les phénomènes naturels). En d’autres termes, la mythologie grecque conçoit l’être surnaturel comme une entité purement conceptuelle taillée sur mesure et n’exprime pour l’essentiel que les désirs, les caprices, les fantaisies et d’autres contenus de la conscience de l’homme. Une fois encore l’imagination débordante des poètes et des bardes a été à l’origine de la naissance des divinités hellènes.

 

   Cependant, les conceptions anthropomorphiques n’ont jamais fait l’objet d’unanimité parmi l’élite intellectuelle grecque d’alors. Déjà avant la révélation du Coran de plusieurs siècles, voire même de millénaires, elles faisaient l’objet de rejet et de raillerie. Le sarcasme du philosophe présocratique Xénophane est allé jusqu’à dire : « Mais les mortels considèrent que les dieux sont nés, qu’ils portent des vêtements, ont un langage et un corps à eux ». Dans sa critique sarcastique acerbe, Xénophane va encore plus loin en ces termes : « Au dire d’Homère et d’Hésiode, les dieux font toutes sortes de choses que les hommes considéreraient honteuses : adultère, vol, tromperie mutuelle ». Comment serait-on surpris par le radicalisme coranique face à ce principe pernicieux d’anthropomorphisme grec ? Comment peut-on concevoir l’idée insensée que le Coran, dans sa logique monothéiste implacable, puisse s’inspirer, d’une manière ou d’une autre, de la culture grecque ? Si des penseurs présocratiques éprouvaient des sentiments de dégoût et de rejet à l’égard de l’anthropomorphisme, vu l’évolution des mentalités depuis cette époque lointaine, n’est-il pas rationnel que le Coran combatte énergiquement cette identification du divin avec l’humain ?

 

   Dans les citations précédentes, Xénophane traite de l’une des implications nombreuses de la conception anthropomorphique, qui heurtent toutes, sans exception, la conscience du sujet monothéiste. L’idée de procréation en est une, et elle fut l’épine dorsale de la conception religieuse grecque.

 

   Sans doute, le réalisme foncier est à la base de toutes ces distorsions. Les hellénistes ont révélé que les divinités grecques étaient d’anciens rois et princes et que la mythologie hellène repose essentiellement sur des souvenirs confus ou transfigurés à dessein par l’imagination fertile des poètes mages. Cette transfiguration a été opérée sur des gestes et des comportements précis de rois et de héros primitifs. Ainsi les conduites qu’a déplorées Xénophane relèveraient-elles des faits historiques réels et authentifiés. La conception coranique de la nature divine est donc un véritable challenge, voire même une menace réelle pour la religion et la culture grecques, en ceci que toutes les entités mythologiques grecques sont des créations de poètes et de bardes. Mais il ne s’agit nullement de créations ex nihilo, car c’est l’histoire et la préhistoire de la Grèce qui leur servirent de substrat. Autrement dit l’histoire et la préhistoire sont transfigurées en symbolique païenne. En conséquence, comment un tel système peut-il servir de source d’inspiration à un corpus qui a comme principe de base le refus catégorique de l’anthropomorphisme, l’épine dorsale du système polythéiste perverti ? Même la pensée de Platon était touchée par cette perversion. Nous reviendrons ultérieurement sur le cas de Platon pour voir ce que ce dernier est réellement : un prophète ou tout simplement un sage. Mais disons pour le moment que selon Platon lui-même, fidèle héritier de la tradition religieuse grecque, il n’y a pas de différence entre la nature divine et la nature humaine.

 

   Une autre implication qui découle de la vision anthropomorphique païenne est l’idée de procréation divine. Pour la culture grecque, les divinités naissent les unes des autres et se constituent des descendances et des dynasties qui règnent sur des pans entiers de l’univers. Xénophane encore, l’une des figures de proue de l’élite intellectuelle présocratique, s’est violemment insurgé contre ce concept. Nul n’ignore la manière absolue dont le Coran rejette cette idée de procréation divine. En effet, dans la logique implacable du Coran, Dieu « n’a pas engendré et n’est engendré ». Cette formule liturgique est l’une des plus récurrentes dans les litanies quotidiennes. L’originalité du Coran sur la question anthropomorphique repose sur son refus catégorique total, et sur la considération de son antithèse comme base du dogme et de la validité de la pratique cultuelle de tous les jours.

 

   Une autre implication corollaire de la conception anthropomorphique de la mythologie grecque est le confinement de certaines divinités dans des régions cosmiques déterminées. Thalès lui-même s’est insurgé contre cette conception homérique de limitation. Néanmoins, dans la logique antithétique de la culture grecque la multiplicité des divinités n’a pas exclu l’idée de clivage et de cloisonnement. Ainsi des frontières sont-elles arbitrairement tracées sur les prérogatives et les zones d’influence pour les divinités omnipotentes. La pluralité des divinités implique également la possibilité d’une collision violente entre elles. Même si dans la mentalité polythéiste de l’homme grec le conflit ne signifie pas le règne du chao et de l’anarchie, les coups bas peuvent être échangés entre divinités perfides. Zeus a cyniquement chassé son challenger et s’établit sur le trône olympien usurpé, avec sa lignée. Plus ridicule est cette fin comique de la trilogie d’Eschyle, pour en attester, où l’on voit des divinités belliqueuses arriver à des compromis ou même des compromissions. On connaît également la position du Coran sur la question d’un conflit éventuel qui opposerait non pas de nombreux dieux, mais « deux Dieux » seulement, et qui sèmerait inéluctablement le désordre et l’anarchie sur l’immensité cosmique.

 

   Bien qu’entités anthropomorphiques, les divinités grecques sont tombées dans une bassesse morale à nulle autre pareille. Certains de leurs aspects sont dévalorisants : des divinités qui n’arrivent même pas à se hisser à la hauteur des critères éthiques définis par des êtres humains. Tout sujet monothéiste authentique mis sur les traces et le parcours de l’âme religieuse grecque, est inéluctablement offusqué par l’immoralité et l’indignité des divinités mises en mouvement dans le drame religieux grec. La théologie de Homère, véritable base de la divinité olympienne, est sujette soit à des enfantillages, soit à l’immoralité, soit enfin au besoin impérieux d’une réforme profonde, pour en extirper ce qui est une offense à l’esprit religieux authentique.

 

   Sur le plan moral, le Coran s’oppose radicalement à la culture grecque, car cette dernière, dans sa logique anthropomorphique, n’a pas pensé que de pareilles divinités imaginaires ne peuvent jamais conduire la destinée de l’univers.  

                                                           (A suivre)

 

                                                 Babacar Diop

 

 

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babacar diop
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