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Ibaadou Rahmaane (les Serviteurs du Miséricordieux), qui sont-ils ?

Posté par: Babacar diop| Vendredi 29 août, 2014 16:23  | Consulté 2136 fois  |  1 Réactions  |   

   Dans la pénombre hermétique de l’imagination populaire, la perception des ibaadou rahmaane ne correspond pas à la description qu’en a faite le Coran à la dernière séquence de la sourate portant le titre du discernement. En effet, dans l’imaginaire populaire, le vocableibaadou renvoie à une catégorie d’intellectuels bien connus au sein de la société locale. Leur image se réduit à celle d’un groupe de radicalistes en terme de pratique quotidienne de la religion, oeuvrant à instaurer le fondamentalisme islamique. Mais se tenir seulement à cette image réductrice perçue par la conscience collective locale, ce serait se faire une idée fausse sur la question de l’identité des ibaadou rahmaane. Cette image caricaturale fait d’eux des disciples soumis inconditionnellement à la tutelle doctrinale et idéologique des maîtres à penser du Proche-Orient. Pour la perception locale, les ibaadou sont ceux qui célèbrent les fêtes religieuses au même moment que leurs homologues de l’Orient. Une autre conception, et non des moindres,  consiste à penser que, pour appartenir au cercle de ces hommes, il suffit, comme signes formels, de laisser pousser la barbe, de porter des vêtements confectionnés dans les pays du Golf arabo-persique et enfin de porter le voile. Ce sont là un ensemble de stéréotypes dont il ne s’agit pas ici de débattre de la validité ou de l’invalidité. Tout ce qu’on peut dire est que sans doute ces stéréotypes ont pu faire de ce groupe une entité à part. Un autre constat à faire est qu’être à l’écoute des théoriciens orthodoxes du Proche-Orient ne signifie nullement une docilité doctrinale ou idéologique. Il est possible de s’inscrire à l’école d’un maître doctrinaire sanas se réduire pour autant à l’état de pantin. Les ibaadou, avec la disposition de relever les défis qu’on leur connaît, sont tout à fait prêts non seulement à désobéir, mais aussi à en découdre idéologiquement avec ces supposés maîtres de courants d’idée, s’il s’est avéré que ces derniers s’écartent de la ligne de conduite orthodoxe qu’ils estiment conforme à la rigueur de la doctrine. Il n’en n’est pas moins gratuit de les accuser d’être à la solde des riches monarchies du Monde Arabe. Car, avec le courage moral qu’on leur connaît également, ils seraient prêts à marcher seuls avec de maigres moyens financiers et matériels sur le chemin qu’ils se sont tracé, même si tous les ponts les reliant aux généreux donateurs étaient totalement coupés.

 

   Nonobstant tous ces stéréotypes, les ibaadou rahmaane se targuent d’être au service exclusif de la cause de la religion sainement pratiquée dans un environnement social jugé quelque peu hostile et réfractaire aux courants idéologiques réformistes et, par-dessus tout, iconoclastes. A la naissance du mouvement, ils étaient un peu isolés, voire même persécutés, quoique cette situation douloureuse fût, depuis des décennies, un mauvais souvenir, grâce à une meilleure compréhension du mouvement et au pragmatisme des ses ténors. Dans un contexte d’isolement, d’ostracisme et d’intimidation dont le mouvement était victime par le passé, se faire nommer « Serviteurs du Miséricordieux » était le plus grand titre de noblesse. On ne saurait dire que tous ces agissements ont totalement cessé, car de temps à autres, des voix s’élèvent ça et là, chez certains de leurs farouches adversaires, pour appeler à gêner le mouvement dans ses activités et même à chasser ses membres de toutes les infrastructures publiques où ils peuvent se faire entendre.

 

   Il est indéniable que ces clichés ne correspondent pas du tout à l’image réelle que donne de ces « Serviteurs du Miséricordieux » le texte coranique. La figure emblématique des frères musulmans d’Egypte, Seyd Qutb, dans son œuvre exégétique monumentale, parue en langue arabe sous le titre : « A l’ombre du Coran », résume la conception coranique du groupe dans cette expression unique : « la quintessence pure de l’humanité ». La figure de proue du fondamentalisme islamique égyptien, à l’entame de ses commentaires prolixes, s’exprime en ces termes : « Dans cette dernière séquence de la sourate, les Serviteurs du Miséricordieux apparaissent, dans leurs qualités distinctives et leurs caractères spécifiques, comme s’ils sont la quintessence de l’humanité, à l’issue de la longue lutte opposant la droiture à l’égarement, l’humanité athée et belliqueuse aux messagers qui apportaient le salut à cette même humanité. C’est comme s’ils sont le fruit mûr de ce long combat exténuant. Ils sont un motif de satisfaction pour les porteurs du message, qui ont subi l’ingratitude, l’entêtement et la méfiance ». 

 

   En effet, selon Seyd Qutb, les Serviteurs du Miséricordieux sont décrits comme s’ils sont la quintessence de l’humanité résiduelle à l’issue d’une lutte de longue haleine opposant le bien au mal, la vérité au mensonge, les prophètes, messagers de la lumière, aux humains ingrats. Si les polythéistes ignorent royalement la miséricorde divine, les Serviteurs sont toujours là comme signes de soulagement, ils sont là présents avec une conscience aiguë de l’omnipotence et de l’omniscience du Seigneur  de l’univers, eux qui éprouvent le sentiment de fierté  de Lui appartenir et d’être Ses serviteurs. Ils constituent le prototype, le « type idéal », selon l’expression weberienne, pour la communauté des croyants que l’islam veut instaurer, celle des âmes façonnées à l’image de l’idéal monothéiste, communauté sur laquelle Dieu veille avec soin. Ils sont une communauté d’hommes humbles dans leur marche et dans leur démarche. En effet la façon même de se déplacer, selon Seyd Qutb, traduit fidèlement la personnalité de l’homme. Le mouvement du corps est un reflet du tempérament de l’individu. Les humbles prières, de l’avis de Abdullah Yussuf Ali, l’exégète anglophone du Coran, non moins prolixe et généreux en commentaires, rapprochent l’être de son Créateur. L’âme équilibrée, paisible, traduit ses qualités psychiques dans les gestes et les mouvements du corps.

 

   Néanmoins, l’humilité, contrairement à ce que certains veulent faire croire, n’est pas synonyme de faiblesse ou de piété ostentatoire. L’humilité courageuse trouve son prolongement dans l’attachement indéfectible à la paix des âmes et des cœurs. A ceux et à celles qui cherchent querelles, les Serviteurs du Miséricordieux répondent avec des paroles douces. Ils oeuvrent inlassablement à consolider le camp de la paix. Et Seyd Qutb de commenter le passage relatif à ce trait de caractère en affirmant que les Serviteurs du Miséricordieux font toujours preuve de dépassement personnel face à la folie des arrogants. Cependant, s’ils ne répondent pas à l’arrogance et à la provocation, ce n’est pas par la faiblesse, mais par la hauteur d’esprit, par le souci intense de ne pas perdre du temps, par la volonté de transcender les futilités. Le temps est un don précieux qu’il faut utiliser à bon escient.

 

   Ce sont là quelques spécimens de la conduite diurne de ce corps d’élite authentique avec leurs concitoyens. Quant à leurs activités nocturnes, elles se résument en dévotion, en dévouement et en méditation sur la grandeur divine. Ils cherchent au travers de ces méditations le savoir sûr et vrai qu’ils donneront généreusement et gracieusement, en cas de besoin, à leurs coreligionnaires. Des formules taillées sur mesure n’ont pas manqué pour magnifier le dévouement exceptionnel de l’élite en pleine nuit pendant que les autres hommes dorment. Si pour ces derniers la prédilection va à la douceur du sommeil, pour les Serviteurs du Miséricordieux la préférence va au contraire à la douceur dévotionnelle. Cependant ils comprennent mieux que quiconque que leur dévouement sincère à leur Seigneur n’est pas un gage de sécurité qui les mettrait à l’abri des tourments de l’enfer. Le seul gage de sécurité est l’obtention de la miséricorde divine.

 

   Dans la vie pratique, l’élite dévouée constitue un modèle d’équilibre, de modération et d’intentionnalité. L’équilibre dans la gestion de la vie, selon Y. Ali, est un trait de caractère chez les Serviteurs du Miséricordieux. De leurs univers sont bannis les fléaux sociaux que sont la perfidie, la débauche, la criminalité et la fausseté dans l’adoration. Dans leur entendement, la propriété privée n’est pas absolue. Les nécessiteux en ont leur part. Ils ambitionnent le décryptage des signes du Seigneur, et leur ouverture d’esprit les prédestine à accéder à un tel décryptage qui leur permet d’éduquer leurs familles sur la base de données claires. Ce qui sera un apport de réconfort spirituel à ceux qui se trouvent au-dessous d’eux en termes de valeur morale.

 

   Un autre trait de caractère spécifique de cette élite est la fidélité indéfectible aux principes du monothéisme intégral. Il est absolument impossible de détecter dans leurs gestes et dans leurs paroles intentionnels un seul grain d’associationnisme. C’est une vertu cardinale qui sous-tend et conditionne toutes les autres. Elle nécessite un dévouement exclusif à la cause seigneuriale, tout comme elle est la ligne de démarcation entre l’humanité et l’animalité. La récompense suprême et légitime à laquelle les Serviteurs du Miséricordieux ont droit est l’attribution d’une place de choix au haut lieu du paradis éternel.

 

   Telle est la manière dont le Coran décrit les ibaadou rahmaane, l’élite quintessencielle fidèle et croyante. En dehors de cette élite l’humanité tout entière ne pèserait pas lourd. Abdullah Y. Ali terminant ses analyses minutieuses dégage l’impression générale de la lecture de la séquence consacrée à la description de l’élite croyante en ces termes : «A fine code of individual and social ethics, a ladder of spiritual developement, open to all ». (Un beau code d’éthique individuelle et collective, une échelle de développement ouvert à tous).

 

   Ainsi si l’on se limite strictement à la seule description coranique amplement commentée par nos deux exégètes, l’un arabophone et l’autre anglophone, les Serviteurs du Miséricordieux, expression typiquement coranique, constituent un type idéal de la quintessence pure de l’humanité monothéiste authentique. Comme types idéaux, les éléments de cette élite n’ont de cesse qu’ils aient œuvré pour consolider la paix des âmes et des cœurs. Par le passé il n’y a eu donc aucune raison de pratiquer à leur endroit la suspicion, la persécution et l’ostracisme. Leur existence telle qu’elle est esquissée par le Coran, n’a jamais présenté une menace réelle pour la stabilité et la paix sociales. La persécution sans raison peut bien avoir un effet boomerang. A force d’être acculé, à force d’avoir le dos au mur, l’élite quintessencielle de l’humanité monothéiste authentique finira inévitablement par la politisation de la religion.

 

                                                       Babacar Diop

 

 L'auteur  babacar diop
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Elimane diouf En Août, 2014 (11:37 AM) 0 FansN°:1
Bonjour,
M.bacar diop vous vous prener d'etre un intellectuel tel n' est pas le cas .
1.pour jugé ou critiqué une personne ou une groupe de personne il faut bien les connaitre , savoir leurs ideologie , leurs racines etc...
Si vous ne comprenais pas la comcepte et pourquoi (ibadu rakhmane ) par ce que eux ils comprennent vraiment le sens de leur existance ,car dieu n' as creer les hommes et les djinn que pour qu' ils l' adore . Et pami les hommes ce qui connaissent la raison de leurs existance et qui accepte d ' adore allah , il les appel ibadi ( ibadou) mes serviteur " et quand mes serviteur vous demande suis je ;dit leurs que j suis tout pres " le mot ibadi repeté plusieur fois dans le saint coran . Allor si quelqu'un tourne vers son seigneur et lui dit que je suis ton serviteur comme le disé beaucoup de prophet notre prophete Mouhamed (psl)comme issa imn mariame .serigne touba qui disais au prophete que je suis ton serviteur (sa boy comme on dit).
2 .leurs barbe ou voil que vous insulter n' est une culture oriental mais des recommandations de dieu. Et si vous me dite que ils prend comme referance sur des livres ecrit par des davant arabes allor ne vien pas me dire que vous etes musulmans car la religin musulman ce sont les arabes qui l' ont porter au senegal et nos guides que vous vous vanté prend reference aux livres arabes car nos tarikha tous ce referencié sur imam malick qui est un arabe aussi .mais les ibadou suivent les pas du prophete (psl) et ses compagnons...

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babacar diop
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