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Détruire, …un immense plaisir

Posté par: Babacar diop| Vendredi 24 juillet, 2015 17:07  | Consulté 3514 fois  |  0 Réactions  |   

   En effet, c’est du sadisme immoral que de prendre un immense plaisir à détruire les belles infrastructures. Mais dans le champ des intérêts humains, il ne faut pas émettre des jugements de valeur si catégoriques. Il est toujours prudent, pour l’intérêt de la vérité, de nuancer et de relativiser, bien que le relativisme mène à l’indécision, voire à l’impasse. Le perspectivisme tant décrié par des philosophes, qui consiste à se placer dans des points de vue pour émettre un jugement moral, s’offre pourtant comme porte de sortie des apories semblables. Ainsi, pour la victime, la destruction est une horreur, une abomination sur toute la ligne, alors que pour celui qui décide de la destruction et pour la main cruelle qui l’exécute, la destruction est un spectacle captivant. Il est absolument faux et irraisonné de nier qu’on puisse prendre un plaisir à la destruction. « L’une des grandes et cruelles jouissances de ce temps, écrit Ernst Jünger, l’un des éminents théoriciens du Nazisme allemand, est de participer à ce travail de destruction ». D’ailleurs, nul n’ignore que les fascistes et les racistes éprouvent toujours un malin plaisir à la contemplation d’un monde qui s’effondre sur la tête des masses populaires. A force de s’habituer au spectacle dramatique de la destruction on y prend un goût acre. Dans la pénombre de notre conscience fermée, qui refuse toute ouverture au monde externe, nous nous accommodons de la présence simultanée sur l’arène médiatique de deux types de destruction : la destruction des infrastructures péniblement érigées à cause de la raréfaction des ressources de leur financement, et la curieuse destruction mystique fortement médiatisée et entreprise par des voyants et des voyantes, ainsi que d’autres charlatans.

 

   Même des médias différents donnent l’impression de vouloir se détruire les uns les autres. Certes, cette destruction mutuelle peut être acceptée dans la logique de la lutte acharnée pour l’audimat. Mais ce qui est inintelligible c’est cette volonté cachée d’ériger la destruction en système. La destruction est en passe de devenir un mode de gestion et un signe d’obéissance ou de désobéissance, un indice de participation à l’action politique et sociale. L’instinct destructif chez l’être humain est une anti-valeur qui se transforme en valeur sure. Même les temples du savoir, avec leurs têtes pensantes et leurs intelligences qui s’élèvent au-dessus de tout soupçon, se donnent à cœur joie en détruisant par le feu des documents administratifs précieux conçus dans les augustes hémicycles. La particularité des textes parlementaires n’a pas pu retenir les leaders de la pensée universitaire de procéder à leur destruction. Rien n’échappe à la destruction. Les bus qui flambent à neuf, les abris de fortune, les établis et les habitations anarchiques, les villas somptueuses partent en fumée. Quelle folie ! Quelle furie vandale que de détruire un objet à cause de sa couleur !

 

   C’est parce qu’on a pris un goût amer à la destruction que des pans entiers d’une cité moderne bâtie sur les bordures de l’océan atlantique ont été rasés. Très récemment, des élus locaux ont courageusement administré à ceux qui vivent sur leurs territoires une leçon subtile de dompter une commune désobéissante, en détruisant des installations d’une beauté exceptionnelle sur les bordures du splendide réseau routier de la capitale.  La triste vérité est que toute construction est vouée à la destruction. Dans la mentalité apocalyptique, la destruction est une étape essentielle dans la reconstruction. Les infrastructures du socialisme sont détruites pour ériger en lieu et place les infrastructures de l’émergentialisme. En termes simples, les deux tendances ennemies, socialisme et émergentialisme, procèdent aux entreprises antinomiques pour se détruire mutuellement. Le libéralisme vulgaire n’a pas tardé à entrer dans la danse. Il faisait tout ce qui était en son pouvoir pour ternir l’image de marque du régime précédent du socialisme vulgaire. C’était un véritable système de destruction. Les vulgarités d’un concept et d’une catégorie de la pensée proviennent de ce qu’ils servent de prétexte pour insulter ou calomnier l’adversaire, et transformer ce dernier en un ennemi absolu. Pour s’en apercevoir, il suffit de revisiter rapidement l’histoire récente des concepts majeurs de la politique et de reconsidérer la manière dont ils étaient mis en pratique.

 

   La destruction des vies et des cités par des groupes intégristes il faut qu’on en parle, mais avec un peu plus de sérieux. N’est-ce pas de la comédie que des barbus expriment la volonté de faire face à des djihadistes comme Boko Haram, cachés dans les denses forêts tropicales? Les destructions intégristes s’inscrivent dans une dynamique triste : détruire afin de faire peur. Il s’agit précisément de la terreur anarchiste. L’anarchisme n’a jamais visé l’objectif d’instaurer un régime politique, mais celui de détruire l’autorité étatique et de l’anéantir, sans vouloir mettre en lieu et place quoique ce soit. La question du fondamentalisme religieux est abordée d’un point de vue élitiste. Or les élites ne sont pas habilitées à gérer ce genre de problèmes. La preuve en est donnée ailleurs dans des sociétés arabo-islamiques où les élites traînent toujours ce handicap d’occidentalisme sommaire. Dans cette perspective, ce n’est pas un hasard si une catégorie d’individus issus même des rangs  des fondamentalistes prend le relais et se propose de faire face aux dévastations terroristes. Le caractère élitiste de la lutte anti-terroriste ne cesse de faire sentir aux djihadistes eux-mêmes qu’ils n’ont en face d’eux qu’un seul ennemi : les principes creux pondus à l’issue des colloques et des séminaires. Ce serait une comédie de mauvais goût que les élites intellectuelles et les barbus ne brandissent que l’arme des déclarations de principes pour combattre la terreur. D’ailleurs, ce n’est pas avec ce genre de réunions que l’on puisse faire face au terrorisme. Dans la perspective d’une lutte véritable contre les destructeurs, il faut opposer la destruction à la destruction. Voila la seule stratégie efficace. Les barbus qui se réunissent dans les salles fraîches sont moins paresseux que lâches. Ils prendraient la fuite devant Boko Haram, pour ne citer que cette nébuleuse djihadiste, et détaleraient à la moindre vue de l’armada meurtrière et impitoyable de ces hommes cruels.

 

   La destruction n’est pas le seul fait des individus solitaires, des anarchistes et des vandales. Des corps bien constitués se livrent également à la destruction. Selon les perspectives, elle est jugée différemment. Sa logique négative rend inintelligible la forte probabilité qu’une immense destruction donne un immense plaisir.  

                         

                                                   Babacar Diop

 

    

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babacar diop
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